Un hôtel de ville de la IIIe république

Hôtel de ville de Valence

À l’époque médiévale, les premières assemblées municipales se réunissent dans le quartier Saint-Jean, centre artisanal et économique de la ville. Jusqu’au 19e siècle, il n’y pas d’édifice construit spécifiquement pour les fonctions municipales. La vétusté du dernier bâtiment pousse la municipalité à envisager un vrai projet.

Après avoir occupé pendant plusieurs siècles divers sites (maison de la confrérie, maison Saint-Antoine, partie de l’ancienne abbaye Saint-Ruff) l’hôtel de ville de Valence s’installe en 1808 dans les bâtiments de l’ancien couvent Sainte-Marie, donné à la Ville en 1806 par l’empereur Napoléon 1er ; lieu où il reste jusqu’à sa reconstruction sur le même emplacement. 

Après diverses tentatives de réparations et agrandissements qui associent théâtre, hôtel de ville et halle aux grains, refusées par le conseil national des bâtiments civils, c’est seulement en décembre 1889 (près de cinquante ans après le théâtre), que la Ville lance un concours national, le premier, pour un édifice neuf avec un budget de 400 000 Fr. Elle reçoit 77 projets qui, pour en préserver l’anonymat, portent des devises variées et parfois étonnantes, telles Nil, Clarté, Etre juste et ne rien craindre, Croissez et multipliez, Advienne que pourra, Jack, Sans façon, La Lessive, Volens Nolens, Qui non azardo non gagno, Sic, Bégonia, Lou soleo luisé per tou le mondé, All right (ol raïte), pour n’en citer que quelques-uns.

 

Grand mouvement d’embellissement de la ville

C’est le projet Alea Jacta est, des architectes parisiens Henri Bertsch-Proust (1846-1911) et Paul Bischoff (1853-1902), qui est choisi par le jury. Le 8 juin 1790 commence la démolition puis, en aout 1891, la construction qui se termine en 1894 avec une inauguration officielle le 16 décembre. Véritable palais républicain, il s’inscrit dans le mouvement de construction de nouvelles mairies voulu par la Troisième République, en affirme le pouvoir et en exalte les vertus en déclinant sur ses façades comme dans son décor intérieur un « véritable « catéchisme républicain » tout en symboles.  Symboles qui inscrivent le lieu à la fois dans une histoire nationale et une géographie régionale.

Un hôtel de ville de la 3e république

Son architecture éclectique, caractéristique du 19e siècle, emprunte au classicisme avec sa façade à trois avant-corps aux percées régulières, comme au moyen âge et à la renaissance remis au goût du jour par Viollet-le-Duc avec son beffroi central, ses fenêtres à meneaux,…

Sa composition intérieure décline un vestibule ouvert sur un escalier d’honneur monumental conduisant aux pièces d’apparat de la fonction municipale situées sur la façade principale ; salle du conseil municipal et salle des mariages séparés par un salon de réception ouvrant sur la place de la Liberté par un balcon destiné aux proclamations. Les services municipaux sont, eux, « rejetés » sur les côtés et l’arrière du bâtiment. 

Les symboles y sont forts : allégorie de la Loi et du Suffrage Universel par le sculpteur lyonnais Lamotte entourant l’horloge du beffroi, écussons de la façade principale portant les armoiries et noms des chefs-lieux du département, médaillons de la façade Est inscrits des mots JUS avec la balance et LEX avec les tables de la loi et la main de la Justice.

L’aménagement intérieur

Le décor intérieur peint, conservé dans la plupart des espaces, porte lui aussi haut en couleur (rouge, vert, brun, bleu et or) les emblèmes de la République et du Département sur les murs comme sur les plafonds des salles d’apparat, du hall d’entrée et de l’escalier d’honneur : Rameaux de chêne et de laurier Feuilles de laurier, inscriptions SU (Suffrage Universel), RF (République Française), VDD (Valence Drôme Dauphiné) déclinés sur les murs ; Figures de Marianne et noms des hommes célèbres de la Ville sur les plafonds à caissons ; Armoiries de la ville à l’entrée et sur la verrière de l’escalier d’honneur et la cheminée monumentale de la salle des mariages pour laquelle la Ville  a commandé à Louis Ollier deux peintures symbolisant les fiançailles et le mariage, et l’Etat a offert deux vases de la manufacture de Sèvres décorés des figures du Rhône et de la Drôme ainsi que des armoiries de la Ville. Les personnalités locales y sont aussi représentées en bustes, en particulier Maurice Clerc, maire qui a lancé le projet.  

Décor complété d’un mobilier réalisé spécialement, lui aussi conservé, avec en particulier les « arbres de lumière » de l’escalier d’honneur ou les lustres monumentaux des salles d’apparat.    

Dans la salle des mariages deux grandes peintures de Louis Ollier représentent les allégories des Fiançailles et du Mariage illustrant les devoirs moraux des citoyens.

Travaux de rénovation

Dès 2014, un programme de rénovation a été planifié sur 4 ans (2015 à 2019) afin de sauvegarder le patrimoine et accueillir le public dans de meilleures conditions.

  • 1re phase (début 2016) : restauration de l’escalier central, des murs, des plafonds et du corridor du 1er étage.
    Montant des travaux : 140 000 € TTC.
  • 2e phase (1er semestre 2017) : restauration du rez-de-chaussée et des escaliers.
    Montant estimé des travaux : 177 000 € TTC.
  • 3e phase (2nd semestre 2017) : restauration de la salle du conseil municipal, de la salle des mariages et du vestibule (salle du Tambour).
    Montant estimé des travaux : 303 000 € TTC.

Le chantier de la salle des mariages achevé, celui du Tambour et de la salle du conseil municipal a débuté. Les murs, sols, plafonds… sont minutieusement nettoyés pour retrouver leur éclat, le mobilier est restauré.

L'hôtel de Ville est inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis le 21 novembre 2018

Le blason de Valence

« Par le bec et par les ongles », telle est la devise inscrite sur le blason de Valence.

L’armoirie de Valence est issue du sceau communal qui date du 12e siècle. C’est en 1696 que le blason a été reconnu officiellement par le roi Louis XIV, qui a anobli la ville et lui a concédé le droit de porter des armoiries.

Les armes actuelles de Valence sont inspirées des armoiries des évêques, épurées de leur aspect religieux. Le blason est composé d’une croix argentée sur fond rouge. Une tour bleue est située au centre. L’écu central est supporté par des griffons et surmonté par une couronne crénelée. Le devise de la ville apparaît dans la cartouche située au-dessus.