La N7 dans le rétroviseur

Elle a ses chansons, ses histoires, sa légende et même son jeu (le « 1 000 bornes ») : la Nationale 7 fut une route mythique qui parcourait la France et ses terroirs de Paris à Menton.

 

«  Route des vacances, Qui traverse la Bourgogne et la Provence, Qui fait d'Paris un p'tit faubourg d'Valence ». En 1955, Charles Trenet immortalise la Nationale 7 dans sa chanson. Une route qui a connu plusieurs noms à travers les âges : voie Aurélienne, route royale ou impériale, autoroute des vacances ou encore route bleue, mais c’est sous le nom de Nationale 7 qu’elle est entrée dans la légende, et après Lyon qu’elle a forgé son mythe. C’est sur la N 7 que dès le début de juillet s’engageaient en files interminables les toutes nouvelles voitures d’alors, Renault 4, Dauphine Panhard et 2 CV Citroën. C’est ivres d’une liberté tout juste conquise, que les Français filaient à touche-touche vers un port minuscule et à peine connu sur la Méditerranée : Saint-Tropez.

 

Porte d’entrée du Midi

Parcourir la Nationale 7, c’était traverser une diversité de paysage. C’était aussi développer des trésors de patience face aux bouchons interminables. Valence faisait partie de ces goulots d’étranglement sur la route des vacances. La traversée de la capitale de la Drôme était fastidieuse, se faisant sur les grands axes du centre-ville au milieu d’une circulation dense. La N7 passait ainsi par les boulevards et l’étroite rue Victor Hugo. « Les caractéristiques de la RN7 dans la traversée de Valence sont nettement insuffisantes pour les besoins actuels du trafic, surtout dans la partie sud de l’itinéraire », explique le secrétaire général aux travaux publics en 1947.  Pour y  remédier, des réflexions de détournement sont entreprises. Un premier projet prévoit « notamment une grande déviation par l’est de la Ville (…). Un autre avant-projet prévoit la déviation de cette route en bordure du Rhône », poursuit-il. C’est ce dernier projet qui est alors retenu. En 1956, la N7 longe ainsi le Rhône (actuelle D2007n) jusque dans les années 1970 et l’inauguration de l’autoroute A7. Se retrouvant coincées entre le Rhône, l’autoroute et la Ville, la N7 est alors déviée au nord de Valence et contourne désormais la ville par l’est. 

 

Une route qui fait recette

Si l’autoroute A7 amorce le déclin de la N7, sa légende s’est écrite notamment grâce aux produits des terroirs. C’est en effet aux abords de ce ruban d’asphalte que sont nés les relais routiers, ouverts 24h/24. C’est également là que des restaurateurs étoilés s’installent, comme la famille Pic qui, en 1936,  fonde le prestigieux restaurant « La Maison Pic » sur l’avenue Victor Hugo. Celui-ci sera repris par son fils Jacques puis sa petite fille Anne Sophie. Avec le déclassement de cette route en 2005, la N7 a désormais perdu de sa superbe.

 

L’anecdote

1937

Le long de la Nationale 7 sont construits de nombreuses stations essence. Il en reste quelques-unes aujourd'hui dont celle de Valence : le Relais du sud. Comme bon nombre des postes d'essence des années 1930-50, il domine la Nationale 7 de son architecture représentative de la vie moderne liée au monde des transports. Nouveau champ d'expérience architecturale, la station-service adopte un accès facile à l'angle de deux rues, la couleur blanche pour accrocher le regard et une flèche-signal à ailettes repérable de loin. Construite en 1937 au carrefour des avenues Victor Hugo et Maurice Faure par l'architecte Henri Garin, elle fait référence à l'industrie automobile par un jeu de courbes longilignes, mais également à l'architecture aérodynamique et les hublots de l'auvent en forme de proue de navire. A cela s'ajoutent certaines trouvailles purement modernistes, comme les colonnes en béton armé sans base ni chapiteau. Cet ensemble comportait aussi un garage fonctionnel et un lieu de convivialité (bar, hôtel, restaurant) d'une architecture plus courante, destiné à faire patienter les voyageurs le temps d'une révision, d'une réparation ou d'une pause

 

Info en plus

Depuis 6 ans, le village de Lapalisse dans l’Allier rend hommage en octobre aux embouteillages devenus légendaires sur la N7. A cette occasion, ils sont des milliers à se retrouver au volant de voitures anciennes et à célébrer le temps glorieux de cette route devenue mythique.