La Maison mauresque

La Maison mauresque retrouve ses couleurs

La façade a été restaurée. Elle a repris ses couleurs d’origine : le rouge, le vert et le bleu.

 Elle figure en bonne place sur les guides touristiques mais, jusqu’à sa récente restauration, la Maison mauresque n’attirait ni ne retenait l’attention. « Près de 160 ans après sa construction, ses façades étaient très dégradées », présente l’Architecte des bâtiments de France, Philippe Aramel.

Si le rez-de-chaussée en pierre de traille froide, très dure, avait bien résisté au passage des ans, les niveaux supérieurs, réalisés en pierre calcaire tendre, et donc plus facile à sculpter, étaient beaucoup plus abîmés, les décors fortement érodés. L’une des particularités de ce bâtiment est qu’il n’est pas protégé de la pluie par une corniche : l’eau ruisselle sur la façade, la burinant, elle s’infiltre dans la pierre, la rendant plus sensible au gel.

 

Le décor reconstitué

Convaincus de l’importance d’agir sans trop attendre, les trois propriétaires ont accepté de financer, avec l’aide de la Ville et de l’Etat, des travaux de sauvegarde. Ils ont été confiés à deux entreprises expertes dans la rénovation de monuments historiques : la société Néotravaux assistée, pour la polychromie, des ateliers Jean-Louis Bouvier. Débuté le 22 novembre, le chantier s’est achevé le 12 avril dernier.

La pierre, après avoir été nettoyée (et parfois débarrassée du lichen qui la colonisait), a été, là où cela était possible, reconstituée, afin de recréer le décor. Les deux gargouilles ont été renforcées par goujonnage, pour des raisons esthétiques et aussi sécuritaires. Pour protéger le haut des façades, un revêtement de plomb recouvre désormais le décor en couronne par lequel l’eau s’infiltrait. Les descentes d’eau pluviale ont été refaites.

Le plus spectaculaire cependant est la restitution de la polychromie, aux 1er et 2e niveaux. La façade a été minutieusement observée afin de déceler les traces d’ocre rouge et vert pâle qui avaient presque entièrement disparu. « Les décors peints viennent rythmer et renforcer les décors de pierre », observe l’ABF. Même si, pour une question de coût, les couleurs seront moins présentes qu’elles ne l’étaient en 1860. Pour les menuiseries,  c’est un bleu « mauresque », plus soutenu que le bleu d’origine, qui a  été retenu.

 

Le montant des travaux s’est élevé à 131 212 €. Les propriétaires ont été aidés par l’Etat/Direction régionale des affaires culturelles (13 121€) et la Ville (15 000€). Le chantier, accompagné par l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine (Udap), a été réalisé dans le cadre du programme Action cœur de ville.

 

 1860

La Maison mauresque a été édifiée en 1860 à la demande de M. Ferlin sur un terrain proche de l’ancienne préfecture dont seul subsiste la porte, le bâtiment ayant  été détruit par les bombardements en août 1944.

On ne connait pas l’architecte de la Maison mauresque, à peine plus ce M. Ferlin qui, dit-on, « fut aux colonies ». L’immeuble, dont la façade principale, d’une quarantaine de mètres, donne sur la rue Gaston Rey, témoigne du goût pour l’Orientalisme qui déferle en France à partir des années 1830, courant qui inspire la peinture, la littérature, la sculpture… et l’architecture.

Arcs outrepassés cintrés ou brisés, entrelacs, effets de niches, façade plane, motifs végétaux et géométriques… sont des figures réinterprétées de l’architecture mauresque. Elles sont associées à deux gargouilles d’inspiration médiévale.

La façade de la Maison mauresque n’avait jamais été ni rénovée, ni peinte. « Nous aimerions que cette restauration donne envie à d’autres propriétaires de franchir le pas, encouragés par le programme Action cœur de ville », souligne l’Architecte des bâtiments de France, Philippe Aramel.