Leniept René

Octobre 2016

 

René Leniept, mémoire de la basse-ville

Il est né le 20 novembre 1933 dans le quartier de la basse-ville, « là où se trouve aujourd’hui la MAPA ». Et il ne l’a jamais quitté…

  • 83 ans de basse-ville. Pourquoi cet attachement ?

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    J’y suis né… Je vis aujourd’hui avec la nostalgie de la vie qui l’animait, de l’esprit de camaraderie qui y régnait, de la solidarité qui unissait ses habitants…

  • Ces habitants… qui étaient-ils ?

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    La basse-ville était un quartier ouvrier, abritant plusieurs usines : les tanneries Balsan sur le parking voisin du restaurant La Cachette qui était alors le Café des sauveteurs ; les transports Bonnardel ; les cafés Pivard ; les graines Tézier ; les moulins Basset-Bouvier ; le port, tout près du pont… Et une usine de soie, vers le parc Jouvet : elle rémunérait très bien ses ouvriers provoquant la fronde de patrons valentinois qui ont pris pour prétexte une pollution de l’air pour la faire partir.

  • Le quartier vivait en autarcie ?

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    Tout le monde se connaissait. Chaque homme avait son surnom. Mon grand-père, un ancien séminariste, était appelé le Tonkin. Jeunes et vieux, immigrés d’origine espagnole, italienne, arménienne vivaient en bonne intelligence. Le quartier comptait plusieurs épiceries, dont la Maison économique, une boucherie, des cafés. La Mado tenait un bar-tabac avenue Gambetta. Les personnalités ne manquaient pas, comme cette cuisinière qui venait chez vous préparer les repas de fêtes…

  • Vous y avez connu la guerre…

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    En juin 40, l’armée française a détruit le pont de pierre pour freiner la progression de l’armée allemande.

    Le 15 août 1944, nous buvions le café chez ma tante lorsque l’alerte a retenti. Nous sommes remontés chez nous chercher la boîte qui contenait nos papiers et de l’argent. En sortant, nous avons échappé de peu à un éclat d’obus. Nous nous sommes réfugiés dans les abris de l’école maternelle Jules Renard. Nous entendions les bombes tomber pendant ce qui nous a paru une éternité. Aucune maison du quartier n’a été détruite, contrairement à la passerelle qui avait remplacé le pont de pierre…

  • Comment ce quartier est-il devenu «un quartier dortoir » ?

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    L’autoroute. Des commerçants étaient persuadés que les automobilistes allaient s’arrêter faire leurs courses ! Nous, on a cru aux promesses : on allait nous reconstruire de belles maisons, avec l’eau courante… Cela a tué le quartier.

  • Pensez-vous que l’ouverture d’une Maison pour tous peut lui redonner vie ?

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    Je suis très attaché à l’école Jules Renard. Je me souviens de la fête de fin d’année avec sirop à la menthe et spectacle de Guignol. Ce projet me plait. Je l’ai soufflé aux élus. J’y crois !

  • Votre occupation préférée ?

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    La lecture. Les livres politiques et économiques. J’ai toute l’histoire de la Commune.

  • Vos héros dans l’histoire ?

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    Je n’ai pas de héros, pas d’idole. Cela empêche de réfléchir par soi-même. J’aime bien Jean Jaurès et Louise Michel.

  • Ce que vous détestez le plus ?

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    Les hommes politiques et les syndicalistes qui mentent.

  • Si Valence était…

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    Si Valence était…

     

    …un souvenir ?

    L’arrivée des Américains qui montaient  délivrer Lyon ; j’y ai assisté en haut de l’avenue Gambetta.

     

    …un lieu ?

    Le Champ de Mars.

     

    …un mot ?

    Un peu bourgeoise… Les gens « d’en ville » ne venaient jamais dans la basse-ville.